Musik Breizh, quand la télé nous expliquait la musique bretonne

L’émission

Série documentaire de Pierrick Guinard diffusée sur la chaîne France3 dans le cadre de l’émission « Côté Doc » en 1998, Musik Breizh se proposait alors, à la faveur de la « nouvelle vague celtique » des années 1990, d’évoquer la musique bretonne en prenant le temps, en 5 épisodes d’une demi-heure. De fait, en dehors du parti pris (annoncé franchement dès le début) de se pencher essentiellement sur la musique de Basse Bretagne, c’est un programme de qualité, en cela qu’il réussit à exposer de façon claire et accessible les origines, les fondements et les différents moments de revivalisme contemporain qui ont amené ce patrimoine jusqu’à nous. Cette série était jusqu’alors consultable sur YouTube, mais pour ses 4 premiers épisodes seulement (le dernier, consacré à la scène des années 90, étant absolument introuvable). Elle a récemment été intégralement remise en ligne (pour combien de temps?) et on aurait tord de se priver, tant elle donne de façon plaisante et claire des repères importants pour comprendre d’où tout ça vient.

Le contenu des épisodes

Précisons d’emblée qu’il s’agit ici de musique bretonne sous toutes ses formes, du barde modèle chanson à texte à la musique de fest-noz, en passant par le rock en breton. Mais la musique traditionnelle y est omniprésente, et du reste on a trop souvent tendance à considérer le cadre de la musique à danser comme le seul coeur d’expression de cette culture issue de la société traditionnelle.

Le premier épisode évoque les origines de cette musique, des premières connaissances historiques qu’on en a jusqu’à la césure du début du XXe siècle, avec l’industrialisation notamment de l’agriculture et la saignée profonde de la Première Guerre Mondiale.

Le second épisode relate la période suivante, avec les premiers mouvements de collecte, l’émergence des bagadoù et des cercles celtiques, la création du fest-noz moderne, le tout menant jusqu’aux années 1960. Une période fondatrice en termes de revivalisme militant, qui a des répercussions énormes aujourd’hui encore.

Le troisième épisode se penche sur les années 1970, déterminantes à bien des égards, où une vraie émulation populaire, au-delà de la médiatisation du phénomène Stivell, conduit à imbriquer la musique dans son contexte social, de luttes, de revendications identitaires, de retour à la terre…

Le 4e épisode évoque quant à lui la période plus discrète mais tout aussi décisive des années 1980, où l’engouement du grand public fléchit mais où le travail de fond se poursuit. Enfin, le dernier épisode (longtemps impossible à trouver, et pourtant finalement le moins intéressant des 5 à mon sens) dresse un portrait du renouveau des années 1990, pleines d’enthousiasme, d’envies, d’influences décomplexées…

Un épisode 6, ça donnerait quoi ?

Il est frustrant, bien sûr, que la série s’arrête à sa propre époque, alors que tant de choses ont évolué depuis dans l’écosystème de la musique bretonne. A quoi ressemblerait un état des lieux en 2017 ? Chacun a son idée de la chose, mais l’image serait sans doute chargée en contrastes. Une scène musicale foisonnante, d’un niveau impressionnant de l’aveu même d’un certain nombre de musiciens et danseurs ayant traversé 20, 30 ou 40 ans de musique bretonne. Des pistes pour renouer avec une certaine forme d’authenticité en tournant le dos à des postulats historiques du revivalisme breton, une imprégnation salutaire dans les musiques modales, une oreille nouvelle vers la matière collectée, une ouverture toujours aussi grande, aussi, à des dialogues pertinents avec divers univers musicaux… Mais aussi une désaffection progressive des festoù-noz, un « creux de la vague » que d’aucuns décrètent un peu trop vite cyclique (donc pas grave, suffit d’attendre que ça reparte), une difficulté plus criante que jamais à faire exister la scène concert en Bretagne autour des « nouvelles musiques traditionnelles », une invisibilité/inaudibilité des talents issus de ces musiques dans le vaste champ des musiques actuelles (même si tout bouge, y a qu’à voir la prog des Vieilles Charrues depuis quelques années déjà)…. Bref probablement un tournant et un moment « entre deux », par nature incertain. Quoi qu’il en soit, on se prend à espérer une émission aussi ambitieuse et généraliste, qui regarde la réalité en face et contribue à faire comprendre à qui veut les tenants et aboutissants de cette richesse collective.

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